Sur le plateau de Gizeh, la troisième pyramide arrive après les deux géantes.
Et pourtant, elle ne ressemble pas à un “reste”. Elle ressemble à un choix.
La pyramide de Mykérinos (Menkaourê) change l’échelle, mais pas l’intention : ici, la forme reste souveraine, l’orientation reste précise, et la matière — plus que jamais —
raconte une idée de pouvoir.
Là où la pyramide de Khéops s’impose par l’immensité, et où la pyramide de Khéphren affirme une densité presque militaire, Mykérinos propose autre chose : une présence plus intime, plus tactile, où l’on devine encore la peau originelle du monument, et même l’instant où le chantier s’est interrompu.
Un changement d’échelle, pas un effacement
Mykérinos, (ou Menkaure) est souvent présenté comme “la petite pyramide”. Mais à Gizeh, la taille ne dit pas tout.
Ce troisième sommet n’est pas un appendice : c’est la dernière variation majeure du grand cycle de la IVe dynastie, un point final qui resserre le geste au lieu de le diluer.
Le plateau, déjà structuré par deux masses colossales, accueille alors une pyramide plus ramassée, mais parfaitement assumée dans son implantation.
Et c’est peut-être là sa force : Mykérinos ne cherche pas à rivaliser avec l’évidence. Il compose avec elle.
Dimensions et proportions de la pyramide de Mykérinos
Les sources donnent des valeurs très proches (avec de petites variations selon les méthodes de mesure). On peut retenir les repères suivants :
Hauteur d’origine : ~65 m à 65,5 m
Hauteur actuelle : ~62 m
Base : environ 102 à 105 m de côté (mesures détaillées parfois autour de 102,2 × 104,6 m)
Inclinaison : ~51°20′
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la réduction de gabarit : c’est la sensation de précision “contenue”. Une pyramide comme concentrée sur l’essentiel.
Granite rouge, calcaire blanc : la pyramide qui garde sa peau
Mykérinos se distingue par un choix de matière immédiatement lisible : l’usage marqué du granite dans les parties basses, avec un parement supérieur prévu en calcaire fin.
On estime que les premières assises (jusqu’à une quinzaine/une vingtaine de rangs selon les analyses) devaient être revêtues de granite, donnant à la base une teinte plus sombre, plus “minérale”,
presque tellurique, tandis que la partie haute devait retrouver la lumière blanche des grands parements de Tourah (pierres typiques des pyramides).
Ce contraste n’est pas un détail esthétique : il change la lecture de la forme.
La pyramide n’est plus seulement un volume ; elle devient une gradation — de la densité terrestre vers l’éclat du ciel.
Un chantier interrompu : les traces visibles du geste
Autre singularité : la pyramide porte encore des indices d’un travail stoppé, comme si la construction s’était figée à mi-phrase.
Plusieurs blocs de parement en granite sont restés inachevés, non polis, comme abandonnés dans l’élan.
Pour un lecteur, c’est précieux : on ne voit pas seulement une pyramide “finie” par le temps, on voit une pyramide en cours — et cela rend Mykérinos très différente, très vivante, très “atelier”.
Le complexe de Mykérinos : temples, chaussée et pyramides satellites
Comme ses voisines, Mykérinos ne se résume pas à un seul volume.
Autour de la pyramide principale s’organisent un temple haut, une chaussée et un temple de vallée : un dispositif complet où l’architecture devient parcours, et où la pierre guide un
rite.
À proximité, on trouve aussi des pyramides secondaires, nommées pyramides des reines, associées au complexe, qui ancrent la pyramide dans une constellation de volumes plus petits
— une sorte de “famille” de formes, au pied du monument.
Ce complexe s’inscrit dans le récit plus large des pyramides d’Égypte, et dans la continuité des grandes architectures d’un continent
qui a vu naître (et se diffuser) la forme pyramidale, des plus célèbres aux plus méconnues pyramides d’Afrique.
Statues, triades et souveraineté : la pyramide qui a livré de l’art
Là où Khéops impressionne par la masse, Mykérinos fascine aussi par ce que son complexe a livré : des statues retrouvées notamment dans la zone du temple de vallée, dont les célèbres triades
associant le roi, Hathor et des personnifications de nomes (provinces).
Mykérinos n’est pas seulement une pyramide “plus petite”.
C’est une pyramide dont le culte et l’iconographie semblent avoir été pensés comme une mise en scène d’équilibre : le roi au centre, la déesse, et le territoire — comme si l’Égypte entière était convoquée autour de la forme.
Orientation et rigueur : la petite pyramide, la grande précision
Même réduite, l’exigence reste celle de Gizeh : axes, alignements, niveau, implantation.
Et c’est exactement ce qui rend la trilogie si puissante : trois pyramides, trois tempéraments, mais une même obsession de la justesse.
L’univers des pyramides, ici, n’est pas une collection de monuments : c’est un langage de géométrie, de lumière et
d’ancrage, décliné à travers les siècles — et à travers les continents, comme on le voit dans les pyramides dans le
monde.
Mykérinos à Gizeh : la troisième voix
Khéops est la légende. Khéphren est la densité.
Mykérinos, lui, est une autre vibration : plus proche, plus humaine, presque plus lisible.
Il y a dans cette pyramide une sensation rare à Gizeh
: celle d’un monument qui ne se contente pas d’être “là”, mais qui laisse deviner comment il a été fait — et ce que la pierre voulait devenir.
C’est peut-être ça, son secret : la forme est moins écrasante, mais l’intention reste totale.
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